Critique de MARSUPILAMI

Nous sommes en 2026 et cela fait déjà 12 ans que Philippe Lacheau et ses comparses (Elodie Fontan, Tarek Boudali et Julien Arruti) trustent le devant de la scène dans la catégorie comédie populaire française. Ce genre, historiquement le plus rassembleur de l’Hexagone, est en nette dégringolade ces derniers temps (tout du moins côté box-office) et il faut au moins l’assemblage du Marsupilami et de la bande à Fifi pour le faire frémir à nouveau.

Un mélange détonnant

À priori la rencontre entre ces deux univers paraît assez étrange. C’est avant tout un projet né d’une passion, celle de Lacheau pour le dessin et l’univers d’André Franquin (le créateur de la BD originelle). Pourtant, quand on s’y penche, il y a là une paradoxale évidence : celle du burlesque visuelle. Que ce soit dans BABYSITTING, ALIBI.COM ou NICKY LARSON, Lacheau a souvent mis en scène cet humour avec un brin d’exubérance et de provocation qui fait son style. Parce qu’aujourd’hui il y a bien un « style Lacheau » et les spectateurs l’attendent à chaque sortie. Mais fondre cet humour particulier, mélange de comédies américaines (pour les nombreux gags en-dessous de la ceinture) et d’esprit français (l’unité de lieu, le quiproquo) avec celui plus familial du Marsupilami était un vrai défi.

Le cinéaste ne renie pas l’esprit de Franquin, mais se l’approprie avec une sincérité évidente. L’humour est imparable et reprend l’ensemble des codes de cette équipée, toujours aussi identifiable de film en film. Ceux qui n’adhèrent pas à ce ton n’auront sans doute que peu de chances d’être conquis, tant l’humour demeure, par essence, subjectif. Là où MARSUPILAMI se distingue plus nettement, c’est dans son sens du rythme et dans l’appétit presque boulimique de Philippe Lacheau pour la référence. Celles-ci abondent, à tous les niveaux – de Spielberg à Titanic, en passant par Gremlins – et participent pleinement à l’énergie communicative du film, qui ne cesse de relancer la machine à gags (jusqu’à un réjouissant combat du Marsu en prise de vue subjective). Bien sûr, dans cette course effrénée à la surenchère comique, certains effets tombent à plat, mais ils ont au moins le mérite de chercher à parler au plus grand nombre. Surtout, on ne peut que saluer le plaisir presque nostalgique de voir renaître une créature en animatronique, rareté précieuse à l’ère du tout-numérique : une petite merveille d’artisanat qui rappelle que cette technologie, longtemps reine du cinéma de genre, n’a décidément pas encore dit son dernier mot.

Un marsu bondissant

MARSUPILAMI a tous les projecteurs braqués sur lui et il y a peu de chances qu’il se loupe au box-office. Le film assume une vraie proposition de cinéma populaire, une proposition qui divisera sans doute, mais qui a au moins le mérite d’exister pleinement et de ne jamais se cacher derrière une tiédeur consensuelle. Nous sommes ici très proches du cartoon en prises de vues réelles : chutes à répétition, poursuites frénétiques, exagérations permanentes, humour slapstick revendiqué… tout concourt à installer un univers volontairement décalé, où la logique du gag prime sur celle du réalisme. On y décèle par ailleurs un certain respect du matériau d’origine – jusque dans la dimension presque fable écologique du récit, à travers la critique des dérives humaines sur la nature et l’argument volontairement absurde de la capture du Marsu – qui se mêle sans complexe à l’univers très codifié de la bande à Fifi. Le résultat, parfois inégal mais sincère et généreux, n’en demeure pas moins une belle surprise.

Note indicative :

MARSUPILAMI sortira dans les salles le 4 février prochain.

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