En préambule, précisons d’abord que le précédent film m’a plus par son ton, son atmosphère et son aspect anxiogène. Danny Boyle a pris le contre-pied total des attentes du public pour finalement livrer une oeuvre émouvante qui aura la place qu’il mérite plus tard (je l’espère en tout cas…). Mais des spectateurs déçus parlent beaucoup et il était évident que la suite directe, LE TEMPLE DES MORTS, soit un grand échec au box-office (surtout avec une sortie sept mois plus tard).
Dualité
Mais laissons tomber le box-office et les attentes pour plonger au coeur de ce nouveau segment qui… prend une fois de plus le contre-pied total des théories qu’on pouvait avancer. Nia DaCosta (THE MARVELS) prend les thèmes de Boyle pour les reformater tandis que le scénariste Alex Garland tente des partis-pris inouïs qui nous plongent une fois de plus dans un monde effrayant. On y suit donc le jeune Spike (Alfie Williams), le gamin du premier, qui rencontre à la fin du précédent volet le clan des Jimmy, mené par le redoutable Jimmy Crystal (Jack O’Connell). En parallèle, l’histoire de l’attachant docteur Kelson (Ralph Fiennes) continue, nous le montrant résilient et rempli d’espoir. Son récit est intimement lié à celui de Samson (Chi Lewis-Parry), un contaminé dont la part d’humanité pourrait encore être sauvée…
Ralph Fiennes en feu
Il est probablement plus difficile d’entrer dans LE TEMPLE DES MORTS que dans le précédent film, mais lorsque les enjeux se nouent, l’histoire est d’une limpidité exemplaire. Le Mal contre le Bien, voilà comment on résumera ces deux heures. Tandis que Jimmy Crystal brutalise et mène ses troupes par l’autorité et la peur, son alter ego Kelson rêve de lendemains meilleurs. Le premier étend la noirceur, le second veut retrouver la lumière. Nia DaCosta réalise un petit miracle, en cela qu’il est très compliqué d’établir une telle ligne de route sans en sortir. Des séquences mémorables à la pelle (les tortures des Jimmy répondent à la douceur des échanges entre Kelson et Samson, la séquence de danse sur Iron Maiden), des acteurs qui jouent leur partition avec conviction (l’agressivité et l’excessivité d’O’Connell face à la bienveillance et la sagesse de Fiennes) et cette volonté de toujours amener une rupture de ton dans le récit, font que ce diptyque de 28 ANS PLUS TARD s’avère passionnant de bout en bout (avec une fin ouverte pleine d’optimisme).

Une trilogie morte ?
Le genre si codifié du film de morts-vivants vient clairement de trouver un nouvel étendard, exactement comme 28 JOURS PLUS TARD l’avait fait en 2003. Il est fortement probable que l’aventure s’arrête là (il faut dire que les budgets à 60 millions de dollars par film aident peu pour d’éventuels bénéfices…), mais celle-ci aura été aussi surprenante que clivante. En dressant des ponts avec notre société et en montrant que le front commun sera toujours plus fort que la division, 28 ANS PLUS TARD replace le genre sur le terrain de la politique comme pouvait le faire Romero avec son chef-d’oeuvre LA NUIT DES MORTS-VIVANTS il y a presque 60 ans de cela. Un digne héritage.
28 ANS PLUS TARD : LE TEMPS DES MORTS réalisé par Nia DaCosta.
Actuellement disponible dans les salles de cinéma.

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