Après L’HOMME IDEAL et BOITE NOIRE, le réalisateur Yann Gozlan retrouve Pierre Niney pour un nouveau thriller qui prend pour point de départ un personnage dans l’air du temps, celui d’un coach en développement personnel qui perd peu à peu pied avec la réalité.
Paranoïaque gourou
Avec GOUROU, le réalisateur nous entraîne d’abord sur un terrain prometteur : celui d’un regard acide sur le monde des coachs de vie, des faux prophètes modernes et de leur besoin viscéral de reconnaissance. Dans cette première partie, le film séduit par son approche de cette micro-société où l’image de soi est une marchandise, et où l’ego se mesure aux likes et aux applaudissements feints. Pierre Niney incarne un personnage ambigu, jamais fondamentalement mauvais, mais rongé par une ambition aveuglante. Son assurance, teintée d’un besoin presque pathétique d’être validé par les institutions ou par son propre entourage (notamment son frère), l’amène peu à peu à franchir certaines lignes. La paranoïa s’installe lentement, et c’est dans cette montée progressive que le film trouve l’une de ses plus belles forces narratives.

Un film aux multiples rebondissements
Mais voilà. À mi-parcours, le film prend un virage. Une scène pivot vient tout chambouler : l’envie de rester dans la lumière pousse le personnage à orchestrer sa propre mise en scène — au sens propre comme au figuré. À partir de là, le film glisse vers un thriller pur, flirtant parfois avec l’absurde. Les rebondissements s’enchaînent, mais à force de vouloir surprendre, le récit perd en crédibilité. Certains retournements sont si « gros » qu’ils brisent le contrat implicite entre le film et le spectateur. C’est assez dommageable d’autant que le scénario tenait bien la route jusque là. On retiendra néanmoins cette séquence lors d’une conférence cathartique, qui étouffe littéralement les personnages à l’écran avec un intense travelling circulaire.
Malgré une bonne idée de départ, il est évident qu’un tel sujet est difficile à tenir sur la durée, tant il repose sur un équilibre fragile entre aspect social et tension dramatique. Le film finit par se diluer dans ses propres excès, perdant la finesse de son propos initial au profit de rebondissements moins crédibles et d’une mise en scène parfois trop démonstrative. C’est aussi les défauts récurrents du cinéma de Gozlan qui souhaite constamment et à tout prix surprendre le spectateur quitte à perdre toute vraisemblance. Des défauts que seul l’excellent BOITE NOIRE a su éviter.

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