Nous sommes le 28 mars 1990. Pendant que Jean-Paul Belmondo continue à triompher au théâtre Marigny dans une adaptation de CYRANO DE BERGERAC, mise en scène par Robert Hossein, voilà que sort sur les écrans une adaptation cinématographique. C’est Jean-Paul Rappeneau qui s’occupe de la transposition de cette célèbre pièce de théâtre écrite par Edmond Rostand.
Un rôle adoré
Dans le film, c’est donc à Gerard Depardieu qu’incombe la redoutable tâche d’interpréter le célèbre poète et vaillant officier gascon, au nez aussi grand que son amour désespéré pour sa cousine Roxane, interprétée par Anne Brochet, qui lui préfère le beau Christian, joué à l’écran par Vincent Pérez.
Cette version de Rappeneau est sans doute la meilleure jamais réalisée. D’abord parce que Depardieu, plus vrai que nature en Cyrano, surclasse tous ceux qui, avant lui, avaient incarné ce personnage mythique. En effet, depuis la première présentation triomphale de la pièce en 1897, près de quarante (!) comédiens se sont mesurés à ce même personnage. Mais peu d’entre eux ont réussi, comme Depardieu, à lui insuffler autant d’humanité et à exprimer sa verve flamboyante avec autant de panache.
Une mise en scène grandiose
Mais la réussite du film ne tient pas seulement à son interprète principal. Elle repose aussi sur la mise en scène ample et nerveuse de Jean-Paul Rappeneau, qui parvient à conjuguer souffle romanesque et précision théâtrale. Là où beaucoup auraient figé l’œuvre dans un académisme poussiéreux, Rappeneau insuffle un mouvement constant : travellings élégants, scènes de foule chorégraphiées, duels virevoltants. En outre, l’adaptation respecte avec une fidélité admirable la langue d’Edmond Rostand. Les alexandrins, loin de paraître désuets, retrouvent une vitalité presque contemporaine. Le célèbre « Non, merci ! », la tirade du nez ou encore la scène du balcon prennent une dimension nouvelle grâce à une diction limpide et à une incarnation totale.

Face à Depardieu, Anne Brochet compose une Roxane lumineuse, moins ingénue qu’il n’y paraît, tandis que Vincent Pérez incarne un Christian sincère, touchant dans sa fragilité. Le triangle amoureux gagne ainsi en profondeur. Il ne s’agit plus seulement d’un jeu d’ombres et de mots, mais d’un drame intime où le sacrifice de Cyrano devient bouleversant.
Des récompenses multiples
Il faut ensuite reconnaître au réalisateur et à son scénariste Jean-Claude Carrière, une véritable force thématique. Ils ont également su éviter l’écueil du théâtre filmé pour aboutir à l’un des films les plus mémorables de l’Histoire du cinéma français. Les professionnels l’acclament en lui attribuant dix César lors de la cérémonie de 1991. CYRANO DE BERGERAC égale ainsi le record détenu par LE DERNIER METRO dix ans plus tôt (déjà avec Depardieu). En salles, le film rassemblera 4 732 136 spectateurs, un score exceptionnel.
En 2022, le réalisateur Joe Wright va en tirer une adaptation anglophone avec Peter Dinklage (Tyrion dans GAME OF THRONES) dans le rôle principal. Une toute autre version donc.

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