La dernière cible, le chant du cygne de Callahan

Cinq ans après le succès massif de Le retour de l’inspecteur Harry, la Warner décide de relancer une dernière fois la machine avec La dernière Cible (The Dead Pool, 1988), réalisé par Buddy Van Horn, fidèle collaborateur et ami de longue date de Clint Eastwood. Le contexte industriel est assez clair : le studio, séduit par les recettes du précédent opus, souhaite prolonger la saga malgré un essoufflement artistique perceptible.

Eastwood accepte notamment dans le cadre de ses relations contractuelles avec la Warner, qui avait financé Bird (1988), projet personnel qui lui tenait particulièrement à cœur. Mais à la fin des années 1980, le paysage du cinéma d’action a changé : une nouvelle génération de héros plus spectaculaires domine les écrans, et Harry Callahan apparaît presque comme une figure d’un autre temps.

Callahan dans le milieu du cinéma

Harry Callahan enquête sur une série de meurtres visant des célébrités dont les noms apparaissent sur une liste macabre surnommée « The Dead Pool ». L’affaire le conduit dans le milieu du cinéma et des médias, où il croise un réalisateur de films d’horreur, des journalistes opportunistes et plusieurs personnalités menacées. Alors que les victimes s’enchaînent, Harry découvre que la liste elle-même pourrait être la clé pour identifier le tueur avant qu’il ne frappe à nouveau — peut-être même contre lui.

Un homme fatigué

Cinq ans après l’excellent opus réalisé par Eastwood, on sent clairement ici une volonté du studio de prolonger la saga, davantage motivée par le succès financier que par une réelle nécessité artistique. Cette origine industrielle se ressent à l’écran : le scénario apparaît assez faiblard, cherchant à s’insérer dans le milieu du cinéma avec une subtilité limitée et recyclant des ressorts déjà utilisés — souvent mieux — dans les films précédents. On y aperçoit certes Jim Carrey le temps d’une séquence, ou Liam Neeson dans un rôle de réalisateur, mais ces curiosités ne suffisent pas à masquer le manque de tension globale. Le rythme demeure inégal et l’intrigue peine à susciter l’intérêt, comme si la mécanique Harry Callahan fonctionnait désormais en roue libre.

Seule une poursuite retient véritablement l’attention : celle où Callahan se retrouve traqué par… une voiture téléguidée piégée. Une idée aussi surprenante qu’inattendue, qui apporte un bref souffle de fantaisie dans un ensemble plutôt convenu. Hormis cela, peu de choses marquantes subsistent, et Clint Eastwood lui-même semble parfois fatigué à l’écran, comme lassé de retrouver un personnage auquel il a déjà énormément donné. Cette impression renforce paradoxalement la dimension crépusculaire du film : Harry apparaît ici comme une figure en fin de parcours, survivant d’une époque révolue du polar américain.

Fin d’une série à succès

Les recettes sont globalement moins bonnes pour ce dernier film, rapportant presque moitié que son prédécesseur. La Dernière Cible n’est sans doute pas le chapitre le plus mémorable de la saga, mais il fonctionne malgré tout comme une conclusion symbolique : celle d’un héros qui, après avoir traversé deux décennies de violence et de dilemmes moraux, disparaît presque silencieusement, laissant derrière lui une empreinte indélébile dans l’histoire du cinéma.

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