Les longs manteaux, le western politique de Gilles Béhat

En 1986, après Rue Barbare, Gilles Béhat signe avec Les Longs Manteaux un autre objet singulier dans le paysage du cinéma français. À rebours des polars urbains qui dominent alors sa filmographie, le réalisateur s’aventure vers une forme hybride, mêlant aventure, thriller politique et imagerie de western spaghetti. Porté par le fidèle Bernard Giraudeau, Claudia Ohana et Federico Luppi, le film suit Loïc Murat, géologue français isolé sur les hauteurs andines, qui se retrouve malgré lui entraîné dans une affaire politico-militaire visant à protéger un écrivain menacé par une milice d’extrême droite. Dès ses premières minutes, le film impose sa particularité : un récit d’aventure à grande échelle, tourné en décors naturels, qui convoque autant les codes du western que ceux du film d’espionnage.

Une ambition internationale au cœur des Andes

Adapté d’un roman de Georges-Jean Arnaud, Les Longs Manteaux naît d’une coproduction franco-argentine tournée dans la province de Jujuy, à la frontière bolivienne. Ce choix de décors n’est pas anodin : il inscrit le film dans une réalité géographique et politique précise, celle d’une Amérique latine en sortie de dictature. Le contexte historique irrigue directement le récit. La transition démocratique, encore fragile, sert de toile de fond à une intrigue où les anciennes forces militaires tentent de reprendre le contrôle. Béhat s’empare de cette matière pour construire un récit tendu, où la manipulation politique et les luttes d’influence se jouent à ciel ouvert.

Ce déplacement géographique marque également une rupture dans la carrière du cinéaste. Après Rue Barbare, il délaisse le bitume français pour un cinéma plus ample, cherchant alors à inscrire son film dans la tradition du film d’aventure.

Un western politique déguisé

Toutefois, Les Longs Manteaux fonctionne avant tout comme un western moderne. Loïc Murat en est la figure centrale : un homme seul, étranger au conflit, happé par une violence qui le dépasse. Les paysages andins deviennent le véritable terrain de jeu du récit, transformant chaque déplacement en épreuve. La structure elle-même emprunte au genre phare du cinéma américain. La progression vers la frontière, la montée en tension, et surtout le train (élément clé du film) rappellent les grandes mécaniques narratives du genre. Ce train cristallise d’ailleurs les enjeux politiques et dramatiques, jusqu’à une confrontation finale qui renoue avec une violence sèche et frontale.

Mais à cette ossature classique s’ajoute une dimension politique plus marquée. Le film oppose frontalement une démocratie naissante à des forces réactionnaires, incarnées par la milice des Longs Manteaux. Une lutte idéologique qui donne au récit une portée plus large, au-delà du simple divertissement.

Un héros malgré lui

Loïc Murat n’est ni un héros ni un militant. C’est précisément ce qui fait sa force. Interprété avec une forme de retenue par Bernard Giraudeau, le personnage avance d’abord en observateur. Mais face à la violence et à l’injustice, il bascule progressivement dans l’action. À ses côtés, Julia Méndez incarne l’engagement. Fille d’un écrivain devenu symbole politique, elle agit comme moteur du récit, poussant Murat à sortir de sa neutralité. Leur relation, sans jamais tomber dans le schéma romantique attendu, structure la progression dramatique.

Béhat mise sur une mise en scène ample, qui exploite pleinement les paysages sud-américains. Les plans larges dominent, inscrivant les personnages dans un environnement qui les dépasse. La photographie de Ricardo Aronovitch capte la rudesse et la beauté des Andes, renforçant cette impression d’isolement. Le film joue également sur le contraste entre moments de calme et explosions de violence, notamment dans sa séquence centrale autour du train, véritable pivot dramatique. On y retrouve une influence évidente du western italien, jusque dans certains choix visuels entre silhouettes découpées dans le paysage et costumes évoquant les « cache-poussière » chers à Sergio Leone.

Les Longs Manteaux apparaît donc comme une tentative rare dans le cinéma français des années 80 : celle d’un film de genre ambitieux, ouvert sur l’international, capable de mêler spectacle et réflexion politique. Sans être totalement abouti, le film conserve une vraie force visuelle et une identité marquée. Ambitieux, Béhat a beaucoup osé durant les 80s, mélangeant les genres avec une passion certaine et un évident savoir-faire.

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