Critique de SCARY MOVIE (2026)

Avant de devenir une interminable succession de parodies interchangeables, Scary Movie avait représenté quelque chose d’assez particulier au début des années 2000. En détournant ScreamSouviens-toi… l’été dernierMatrix ou encore Le Projet Blair Witch, le premier film avait transformé les grands succès de son époque en une comédie volontairement vulgaire, excessive et régressive. Avec ses suites, la franchise avait poursuivi cette entreprise de démolition en s’attaquant aussi bien au cinéma d’horreur qu’aux principaux phénomènes de la culture populaire.

Le come-back

Après le départ des frères Wayans à l’issue du deuxième volet, la saga avait pourtant progressivement perdu son identité. Le troisième épisode conservait encore une certaine efficacité, notamment grâce à l’arrivée de David Zucker, tandis que le quatrième commençait déjà à montrer les limites de la formule. Quant à Scary Movie 5, sorti en 2013 sans même bénéficier d’une exploitation dans les salles françaises, il semblait avoir définitivement enterré la franchise.

Treize ans plus tard, la série revient donc avec un sixième film simplement intitulé Scary Movie. Le projet repose en grande partie sur une promesse nostalgique : le retour de Marlon, Shawn et Keenen Ivory Wayans à l’écriture et à la production, accompagné de celui d’Anna Faris, Regina Hall et plusieurs visages historiques de la saga. Cindy Campbell, Brenda Meeks, Shorty et Ray Wilkins se retrouvent ainsi vingt-six ans après leur première rencontre avec un tueur masqué. Alors qu’une nouvelle génération devient la cible du meurtrier, les anciens héros doivent reprendre du service, offrant au film l’occasion de parodier les suites récentes de Scream ainsi que plusieurs succès du cinéma horrifique contemporain.

Scary Movie charrie forcément beaucoup de souvenirs pour le cinéphile que je suis, mais surtout pour le jeune spectateur que j’étais lorsque j’ai découvert les premiers épisodes. Pré-adolescent à cette époque, j’avais particulièrement aimé les trois premiers films pour leur caractère profondément régressif. À cet âge ingrat où notre humour n’est pas toujours d’une grande finesse, la saga proposait une réunion assez folle de films géniaux, condensés dans des parodies grossières mais parfaitement représentatives de leur époque.

C’était souvent douteux, parfois franchement de mauvais goût, mais toujours délirant et pleinement assumé. La franchise ne cherchait ni l’élégance ni la subtilité. Elle avançait par accumulation, quitte à essayer dix gags pour en réussir seulement trois. Le quatrième épisode commençait toutefois à faire tanguer la série, avant que le cinquième ne finisse par la couler complètement.

Une fausse bonne idée ?

Ce sixième volet, porté par le retour des frères Wayans, pouvait-il réellement devenir le come-back tant attendu ? Allait-il s’attaquer aux nouvelles générations, aux réseaux sociaux et aux travers de notre société moderne ? Cette attente paraît déjà assez étrange. Avant la sortie du film, de nombreux internautes semblaient en effet attendre des Wayans une grande satire sociale, comme si les premiers Scary Movie avaient autrefois développé un véritable commentaire sur leur époque.

Certes, la saga a toujours détourné les modes, les célébrités et les phénomènes populaires du moment. Elle n’a pourtant jamais eu pour vocation de produire une réflexion particulièrement élaborée sur la société américaine. Son objectif consistait avant tout à reprendre les images les plus reconnaissables du cinéma contemporain pour les faire basculer dans l’absurde, le graveleux et le mauvais goût. Le problème n’est donc pas que ce nouveau Scary Movie manque de profondeur politique. Le principal souci vient plutôt du fait que les Wayans ne font finalement rien de très enthousiasmant avec le matériel qu’ils ont sous la main. Le cinéma d’horreur contemporain leur offrait pourtant une réserve considérable de personnages, de situations et de tendances à détourner. Quelques parodies font réellement mouche, notamment lorsque le film retrouve cette faculté à reproduire très sérieusement une scène connue avant de la faire dérailler brutalement.

Ces réussites restent cependant trop isolées au sein d’un ensemble qui distille un humour d’un autre temps, rarement soutenu par une véritable construction comique. Enchaîner les plaisanteries douteuses ne constitue pas un problème en soi : c’est même le principe fondateur de la série. Passer à la moulinette les films modernes, leurs conventions et leurs personnages demeure également une bonne idée. Encore faudrait-il que les vannes possèdent un minimum de rigueur et ne reposent pas uniquement sur leur caractère vulgaire.

Une séquence interminable consacrée à l’éjaculation féminine illustre parfaitement cette confusion entre transgression et paresse. La vulgarité peut être drôle lorsqu’elle repose sur un rythme, une progression ou un effet de surprise. Lorsqu’elle se contente de répéter la même idée pendant plusieurs minutes, elle finit seulement par révéler le vide du gag. De la même manière, le retour des fameux doigts malodorants de Doofy provoque moins un éclat de rire qu’une étrange impression de recyclage. Qui peut encore réellement rire de cette plaisanterie en 2026, en dehors du souvenir qu’elle convoque ?

Trop vieux pour ces bêtises…

Une question finit alors par s’imposer : ai-je simplement passé l’âge de regarder Scary Movie ? Rien que le fait de rédiger une critique aussi sérieuse d’un tel film possède quelque chose de presque aussi parodique que le long-métrage lui-même. Chacun sait normalement ce qu’il vient chercher devant cette franchise. Personne ne s’attend à une comédie raffinée, et il serait absurde de reprocher à Scary Movie d’être vulgaire, puéril ou excessif.

On peut toutefois attendre d’une comédie qu’elle soit drôle et d’une parodie qu’elle sache observer ce qu’elle détourne. Or, ce sixième épisode semble constamment hésiter entre la volonté de retrouver l’esprit des premiers films et la nécessité de s’adresser à un nouveau public. Il n’appartient réellement ni au début des années 2000 ni à son époque actuelle. C’est précisément là que se trouve l’erreur principale des Wayans. Scary Movie fonctionnait en 2000 parce qu’il s’adressait directement aux adolescents de son temps, une génération qui avait grandi avec Scream, les comédies graveleuses et le phénomène American Pie. Le film captait alors une forme d’humour juvénile, nourrie par la télévision, les vidéoclubs et les premiers grands phénomènes viraux.

Le Scary Movie de 2026, lui, ne paraît pas véritablement destiné aux adolescents de 2026. Il s’adresse plutôt à ceux qui étaient adolescents au moment de la sortie du premier épisode et qui ont aujourd’hui dépassé la trentaine. Le retour des personnages, des répliques et des plaisanteries historiques repose presque entièrement sur cette nostalgie. Pourtant, le film continue de leur parler comme s’ils avaient encore quinze ans, sans comprendre que leur rapport à la comédie, au cinéma et même à la provocation a nécessairement évolué. Voilà pourquoi cette résurrection laisse une impression aussi étrange. Le film ne trahit pas véritablement l’esprit de Scary Movie : il le reproduit au contraire avec une fidélité presque excessive. Mais ce qui paraissait insolent, irrévérencieux et délicieusement idiot en 2000 semble aujourd’hui mécanique, laborieux et souvent dépassé. Le temps a changé, le cinéma d’horreur aussi, mais les Wayans donnent parfois l’impression de reprendre une conversation interrompue depuis vingt-cinq ans exactement à l’endroit où ils l’avaient laissée.

Quelques gags fonctionnent, la complicité du casting demeure évidente et le retour d’Anna Faris et Regina Hall procure un plaisir nostalgique indéniable. Cela ne suffit pourtant pas à masquer une écriture comique trop approximative et une succession de scènes qui confondent régulièrement audace et facilité. Finalement, le problème n’est peut-être pas d’avoir passé l’âge de regarder Scary Movie. Le problème est que Scary Movie n’a pas vraiment compris que son public avait grandi. Comme dirait l’autre, on n’a plus quinze ans…

Note indicative :

SCARY MOVIE est actuellement disponible dans les salles de cinéma.

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