Critique de THE DOG STARS

Infatigable Ridley Scott. Près de cinquante ans après LES DUELLISTES, le cinéaste britannique signe avec THE DOG STARS son 30e long-métrage, seulement deux ans après GLADIATOR II. À 88 ans, celui qui continue d’enchaîner les tournages à une cadence presque indécente revient cette fois au cinéma de science-fiction avec l’adaptation du roman de Peter Heller, récit post-apocalyptique publié en 2012.

Une oeuvre délicate

Mais ceux qui s’attendent à voir Scott renouer avec un grand spectacle survitaminé risquent rapidement d’être désarçonnés. Le roman de Peter Heller situait déjà davantage son intérêt du côté de ses personnages que dans l’accumulation de rebondissements, et THE DOG STARS version cinéma emprunte exactement la même direction. Dès ses premières minutes, faites de paysages contemplatifs et de silences, loin des obligations industrielles d’une époque où tout semble devoir commencer vite et fort (le fameux « syndrome Netflix »), Scott signe sa note d’intention. Il invite presque le spectateur à calmer ses ardeurs et à revoir ses attentes : son film sera intimiste, contemplatif, très éloigné de l’idée traditionnelle du post-apocalyptique entièrement tourné vers la survie, l’action et l’horreur.

C’est d’ailleurs ce qui rend THE DOG STARS aussi singulier que parfois frustrant. Le film refuse obstinément de devenir un survival mené à cent à l’heure et préfère observer ses personnages, leurs silences, leurs traumatismes et surtout ce qu’il reste d’eux lorsque le monde qu’ils connaissaient a disparu. Une approche qui constitue à la fois sa principale force et sa faiblesse, car il faut bien reconnaître que certains passages traînent en longueur et que le récit connaît plusieurs baisses de régime. Sur le fond, Scott ne révolutionne pas non plus le genre. La solitude, le deuil ou la reconstruction ont déjà largement nourri le cinéma post-apocalyptique. Mais THE DOG STARS possède une nuance particulièrement intéressante : son rapport presque frontal à l’espoir et à l’optimisme. Hig, incarné par Jacob Elordi, ne cherche pas seulement un moyen de survivre. Il cherche surtout une bonne raison de continuer à vivre.

Une empreinte visuelle forte

Et c’est finalement là que se joue une grande partie de l’intérêt du film. Dans un genre qui nous a habitués à considérer la survie comme une finalité absolue, THE DOG STARS pose une question autrement plus humaine : à quoi bon rester vivant lorsqu’il ne reste plus rien pour donner du sens à cette vie ? Hig refuse de se satisfaire du simple fait de respirer un jour supplémentaire. Il veut encore croire qu’un ailleurs existe, qu’une rencontre est possible, qu’un futur peut remplacer les fantômes du passé.

Autre force du film : la cinégénie de ses décors et son impressionnante maîtrise visuelle. On peut penser ce qu’on veut des déclarations parfois lunaires du bonhomme, Ridley Scott sait toujours filmer. Et sacrément bien. Épaulé par la superbe photographie d’Erik Messerschmidt, il transforme régulièrement les grands espaces en tableaux, jouant autant avec leur beauté qu’avec l’immense sentiment de solitude qu’ils dégagent. À bientôt 90 ans, le réalisateur conserve un sens du cadre que beaucoup pourraient lui envier. Lorsqu’il décide d’accélérer, il rappelle également qu’il maîtrise parfaitement le spectacle. THE DOG STARS contient une poignée de scènes d’action particulièrement impressionnantes, dont une séquence en infrarouge assez démente.

Dommage alors que le récit faiblisse ponctuellement et que tous les personnages ne bénéficient pas de la même attention. Margaret Qualley, notamment, n’a finalement pas énormément de matière à défendre et certains seconds rôles semblent davantage servir la trajectoire de Hig qu’exister véritablement par eux-mêmes. Ces réserves n’empêchent toutefois pas le film de nous toucher lorsqu’il le faut. Son épilogue, particulièrement réussi, parvient justement à donner tout son sens au chemin parcouru.

Parce qu’au fond, le film de Ridley Scott ne parle peut-être pas tant de la fin du monde que de notre capacité à continuer après la fin d’un monde. Les êtres aimés et ce monde, qu’on se construit personnellement, ne sont pas éternels. Parfois, pour accepter qu’un nouveau chapitre de notre vie s’ouvre, il faut d’abord accepter d’écrire définitivement la dernière ligne du précédent.

Note indicative :

THE DOG STARS est actuellement disponible dans les salles de cinéma.

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