Critique de HAMNET

En une poignée de films, Chloé Zhao a exploré tour à tour les piliers de l’Histoire américaine, la soif de liberté dans un monde enchaîné par le capitalisme et la grandeur de Dieux vivants qui doivent agir pour sauver leur création. En quatre films (LES CHANSONS QUE MES FRERES M’ONT APPRISES, THE RIDER, NOMADLAND puis le Marvel LES ETERNELS), la cinéaste est parvenue à se bâtir une oeuvre solide aujourd’hui enrichie par HAMNET.

Une émotion brute

En adaptant le roman éponyme écrit par Maggie O’Farrell, Zhao en extirpe une sensation douloureuse, celle de la perte d’un être cher. HAMNET est un film parfois lumineux, empreint toutefois d’une insondable tristesse qui transperce les coeurs. Elle enferme ses personnages dans des cadres magnifiques, aidée par la maestria du chef op Lukasz Zal (qui avait déjà opéré ce genre de travail sur LA ZONE D’INTERET). Chaque plan semble ainsi dialoguer avec l’intime, comme si la nature elle-même devenait le miroir silencieux du deuil. Il est vrai que HAMNET peut, de prime abord, tenir le spectateur à distance. Son rythme contemplatif, son refus de l’explication immédiate et sa narration fragmentée exigent une forme d’abandon. Mais cette retenue initiale finit par céder, emportée par la puissance du jeu des acteurs. Jessie Buckley impressionne par une intensité presque primitive, incarnant une douleur qui semble jaillir du corps avant même de trouver les mots. Face à elle, Paul Mescal magnifie l’intériorité, travaillant sur le silence, le retrait et la culpabilité diffuse, offrant une composition d’une grande délicatesse. Ajoutons à cela les prestations puissantes d’un jeune casting remarquable avec une mention spéciale pour le jeune Jacobi Jupe en Hamnet.

Les règles de Dame Nature

Zhao ancre son récit dans un naturalisme viscéral, où les éléments – la terre, le vent, l’eau, les animaux – ne sont jamais de simples décors mais des forces vivantes. La cinéaste filme un monde où l’humain n’est qu’un fragment de l’ensemble, soumis aux mêmes lois implacables que le reste du vivant. La mère se reconnecte à la Nature comme à une entité supérieure, presque spirituelle, dans une tentative désespérée de comprendre, d’apaiser, voire de survivre à l’effondrement de ses certitudes. Que reste-t-il lorsque les croyances vacillent, lorsque la foi, la raison ou la science ne suffisent plus à donner du sens à la perte ? HAMNET ne répond jamais frontalement à cette question, préférant la laisser résonner dans chaque geste ou regard.

Cette quête intérieure trouve son aboutissement dans une prodigieuse séquence de mise en abyme, où le théâtre et, plus largement, l’art deviennent l’ultime espace d’expiation de la douleur. Là où les mots du quotidien échouent, la représentation prend le relais. L’émotion brute se métamorphose en récit, en catharsis collective. Zhao touche alors à quelque chose d’universel : l’art comme refuge, comme langage commun face à l’indicible. HAMNET s’achève ainsi sur une note bouleversante, rappelant que la création naît souvent de la perte, et que le geste artistique, loin de réparer les blessures, leur offre au moins un lieu où exister.

Note indicative :

HAMNET réalisé par Chloé Zhao.

Actuellement disponible dans les salles de cinéma

1 Comment

  1. Un film admirable dont les silences D’UNE Densité palpable et lenteur voulue et transcendante magnifient la plus belle des infériorité associée à la beauté des décors, nature et habitations complices du drame.interpretation admirable où les non-dits sont aussi importants et expressifs que les paroles.

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