Josh Safdie, cette fois seul, poursuit son exploration des trajectoires humaines au bord de la rupture. Après le choc sensoriel de UNCUT GEMS, le cinéaste revient avec un projet ambitieux, à la fois film de sport, fresque d’époque et étude de caractère. Porté par un Timothée Chalamet incandescent, MARTY SUPREME est une nouvelle plongée dans la fièvre de l’ascension sociale.
Le film suit Marty, jeune prodige sûr de lui dans l’Amérique des années 1950, persuadé que le talent et l’audace suffiront à conquérir le monde. Entre opportunités saisies à la volée, décisions risquées et rencontres déterminantes, sa trajectoire devient une fuite en avant permanente vers un rêve de réussite qui se fissure peu à peu.
Un tourbillon de situations
Globalement, MARTY SUPREME est un bon intéressant, mais aussi déstabilisant. Safdie reprend clairement les codes qui faisaient la réussite de ses précédents métrages : rythme effréné, tension constante, spirale de décisions hasardeuses qui s’enchaînent jusqu’au vertige. Sauf qu’ici, la mécanique se dérègle progressivement. Le récit devient une succession de paris mal calibrés, de situations absurdes et de prises de risques de plus en plus improbables, au point d’en devenir presque cocasses. Sur le moment, cela amuse. Sur la durée — près de deux heures trente — cela épuise. L’intensité permanente finit par user le spectateur au lieu de le maintenir sous tension.
Paradoxalement, c’est lorsque MARTY SUPREME embrasse pleinement le genre du film de sport qu’il fonctionne le mieux. Le début, notamment, possède une efficacité remarquable : enjeux clairs, progression dramatique lisible, tension maîtrisée. Puis le film s’éloigne progressivement de cette colonne vertébrale pour plonger dans une Amérique des années 50 fantasmée.Un terrain idéal pour raconter l’illusion de la jeunesse éternelle — symbolisée dès l’ouverture par la chanson Forever Young — et cette croyance naïve qu’un jeune homme peut conquérir le monde simplement parce qu’il le veut. C’est bien connu : à 20 ans, on voit l’avenir comme un idéal qu’on s’apprête à saisir par sa fougue.
Anti-Marty-héros
L’un des vrais problèmes du film réside dans l’attachement au personnage principal. À force de vouloir montrer Marty comme un jeune homme arrogant, sûr de sa supériorité et presque méprisant envers les autres, le film finit par perdre l’empathie du spectateur. Sa quête devient alors moins tragique que lointaine, presque abstraite. Pourtant, la galerie de personnages secondaires — certes inégale — participe à une lecture intéressante en creux : celle d’une société obsédée par la réussite comme promesse ultime de bonheur. Le rêve américain est là, omniprésent, mais déjà fissuré. La conclusion, plus classique dans sa construction, remet les choses en perspective : Marty s’est accroché à une illusion qui l’a détruit intérieurement. Une chute attendue, mais cohérente avec le propos.

Toutefois, difficile d’échapper au raz-de-marée Timothée Chalamet. Déjà fascinant dans sa quête de réussite en Bob Dylan dans UN PARFAIT INCONNU, l’acteur endosse ici un rôle difficile avec une insolence digne des plus grands. Il habite chaque scène avec un mélange de charme, d’arrogance et d’immaturité particulièrement remarquable. Une performance physique et nerveuse qui porte le film à bout de bras, même lorsque la narration vacille.
Une vision
MARTY SUPREME est donc un film paradoxal : captivant mais fatigant, audacieux mais parfois dispersé, porté par un acteur excellent mais handicapé par un personnage difficile à aimer. Une œuvre qui ne laisse pas indifférent, et qui confirme surtout une chose : Josh Safdie reste un cinéaste de sensations, plus que de narration classique.
MARTY SUPREME sort le mercredi 18 février en salles.

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