HIGHLANDER 2, le grand récit d’une suite impossible

Sorti en 1991, HIGHLANDER II : LE RETOUR avait tout, sur le papier, de la suite attendue : Russell Mulcahy retrouvait l’univers qu’il avait porté à l’écran en 1986, Christopher Lambert reprenait le rôle de Connor MacLeod, Sean Connery revenait sous les traits de Ramirez, tandis que Virginia Madsen et Michael Ironside rejoignaient l’aventure. Pourtant, au lieu d’élargir le mythe, le film va surtout le déstabiliser. Pire : il va donner le sentiment de trahir les règles mêmes qui faisaient la force du premier HIGHLANDER.

Panique à bord

L’intrigue déplace Connor MacLeod dans un futur 2024 étouffé sous un bouclier électromagnétique, censé protéger la Terre après la destruction de la couche d’ozone. L’ancien Immortel, devenu vieux et mortel, retrouve sa jeunesse lorsqu’une nouvelle menace surgit. Mais la version cinéma la plus connue ajoute surtout une idée qui deviendra l’un des grands points de rupture avec les spectateurs : les Immortels ne seraient plus des êtres mystérieux traversant les siècles, mais des exilés venus de Zeist, une autre planète. Ce choix scénaristique concentre à lui seul le malaise du film. HIGHLANDER II ne se contente pas de proposer une suite confuse. Il revient sur le cœur poétique du premier opus, cherche à expliquer ce qui gagnait à rester mystérieux, et transforme une mythologie simple, tragique et romantique en construction pseudo-cosmique difficilement défendable. Le problème n’est donc pas seulement que le film soit raté. Le problème est qu’il semble abîmer rétroactivement ce que le premier film avait construit.

Dès sa sortie, les critiques formulent ce reproche avec une sévérité rare. Le film est jugé incohérent, trop explicatif, parfois incompréhensible, et souvent cité comme l’un des grands naufrages de la fantasy et de la science-fiction du début des années 1990. Pourtant, son cas continue de fasciner. Non parce qu’il relèverait seulement du “nanar” sympathique, mais parce qu’il expose presque à nu ce qui peut arriver lorsqu’une franchise tente de s’agrandir contre sa propre logique.

Le piège d’un premier film qui se suffisait à lui-même

Le paradoxe commence avec HIGHLANDER. Le film de 1986 n’a pas été, à sa sortie américaine, un triomphe commercial. Son destin se joue surtout après coup : en vidéo, à l’international, puis dans l’imaginaire collectif des amateurs de fantasy. Avec son mélange de romantisme tragique, de duels à travers les siècles, de mélancolie existentielle et d’énergie rock portée par Queen, le film finit par acquérir un statut culte. Mais ce statut repose aussi sur une donnée essentielle : HIGHLANDER fonctionne comme un récit clos. Connor MacLeod traverse les siècles jusqu’à l’affrontement final. Il doit survivre aux autres Immortels, affronter le Kurgan, puis accéder au Prize. La promesse est simple : “Il ne peut en rester qu’un.” La conclusion du film ne laisse pas seulement Connor vainqueur ; elle referme le cycle.

C’est là que la suite rencontre son premier mur. Prolonger HIGHLANDER de manière frontale impose de rouvrir artificiellement ce que le premier film avait achevé. À la fin du film original, il n’y a plus d’Immortels à affronter. Le principe même de la saga, du moins tel qu’il était formulé en 1986, a atteint son terme. Il aurait été possible d’explorer autrement l’univers : raconter des épisodes antérieurs de la vie de Connor, inventer des histoires parallèles, revenir sur les siècles traversés, développer d’autres figures d’Immortels. Le personnage s’y prêtait parfaitement. Mais choisir une suite directe revenait à poser une question presque insoluble : comment continuer une histoire qui avait fait de sa fin son argument dramatique ?

Le retour de Sean Connery rendait cette difficulté encore plus visible. Ramirez était mort dans le premier film. Mais son aura, l’attachement du public et sa valeur commerciale rendaient sa présence presque incontournable pour une suite ambitieuse. Le film ne cherche donc pas vraiment une continuation naturelle : il fabrique une justification. Et cette logique de justification va contaminer tout le récit.

Une production prise au piège de son propre financement

Le naufrage de HIGHLANDER II ne s’explique pas seulement par ses choix narratifs. Il est aussi le produit d’une fabrication chaotique, marquée par les contraintes financières, les préventes internationales et un tournage argentin qui devait offrir des économies, mais qui va finalement contribuer à fragiliser le film. À la fin des années 1980, le projet repose largement sur des préventes étrangères. Avant même d’être un objet artistiquement verrouillé, HIGHLANDER II existe comme un montage financier international. C’est une donnée importante : le film doit satisfaire un marché, sécuriser des territoires, rentabiliser le retour de visages connus, et livrer une suite susceptible de capitaliser sur la popularité acquise par le premier opus.

Le choix de l’Argentine répondait à une logique économique compréhensible. Le pays offrait alors des coûts de production attractifs, une main-d’œuvre abordable et des équipes techniques jugées compétentes. Pour un film de science-fiction nécessitant de grands décors, des rues futuristes, des séquences d’action et des effets visuels, le calcul pouvait sembler pertinent. Mais ce calcul va se retourner contre la production. L’Argentine traverse alors une période d’instabilité économique majeure, marquée par l’inflation et la dévaluation. Le budget grimpe. Les coûts dérapent. Le projet, qui devait profiter d’un contexte favorable, se retrouve emporté par une conjoncture incontrôlable.

C’est dans ce climat que la question du completion bond devient centrale. Ce mécanisme de garantie vise à protéger les financeurs et à s’assurer qu’un film sera terminé dans les délais et dans le budget. Mais lorsqu’une production dérape, le garant peut prendre une place déterminante dans la finalisation. Dans le cas de HIGHLANDER II, les récits convergent : Russell Mulcahy et les producteurs n’ont pas eu le contrôle final sur la version américaine sortie en salles.

Ce point est capital. Le film n’est pas seulement victime d’un mauvais montage ou d’une direction confuse. Il semble avoir été progressivement dépossédé de sa chaîne créative. Entre les contraintes budgétaires, les exigences de livraison et les interventions extérieures, HIGHLANDER II devient l’exemple typique d’un film dont la forme finale ne résulte plus d’une vision pleinement assumée, mais d’une succession de corrections, de compromis et de décisions imposées. Russell Mulcahy qualifiera plus tard le film d’erreur. Sa remarque la plus éclairante tient en une idée simple : dans le cinéma de genre, briser ses propres règles revient à trahir le public. C’est exactement ce que beaucoup de spectateurs ont ressenti devant HIGHLANDER II.

Un film visuellement ambitieux, mais narrativement disloqué

Il serait injuste de réduire HIGHLANDER II à une suite paresseuse. Visuellement, le film porte encore la marque de Russell Mulcahy. Le cinéaste vient du clip, et son cinéma reste traversé par le mouvement, les éclairages agressifs, les décors stylisés, les effets de lumière et les compositions spectaculaires. On peut reprocher beaucoup de choses au film, mais pas d’être visuellement indifférent. La ville futuriste qu’il imagine tient à la fois de BLADE RUNNER, de BATMAN et d’un cauchemar industriel saturé.

Christopher Lambert, quant à lui, demeure le lien affectif avec le premier opus. L’idée d’un Connor vieilli, redevenu mortel, aurait pu constituer un point de départ intéressant. Elle prolongeait au moins une conséquence logique du premier film : après avoir remporté le Prize, Connor n’est plus exactement ce qu’il était. Dans les premières scènes, Lambert laisse percevoir une fatigue, une mélancolie, une usure du temps qui auraient pu nourrir une suite plus intime. Sean Connery, lui, revient surtout comme une nécessité commerciale et nostalgique. Sa présence fait plaisir, mais le scénario peine à justifier son retour autrement que par la volonté de retrouver l’icône du premier film. Ramirez revient parce que le public connaît Ramirez. La logique émotionnelle prime sur la cohérence dramatique.

Michael Ironside, en revanche, incarne pleinement la démesure du projet. Son Katana est moins un grand méchant construit qu’une force de surenchère. Il traverse le film avec une énergie outrancière. Le personnage n’est pas subtil, mais il cristallise quelque chose : HIGHLANDER II est un film qui ne sait jamais s’il doit être tragique, grotesque, épique ou volontairement excessif.

Les versions alternatives : réparer, corriger, atténuer

L’histoire de HIGHLANDER II ne s’arrête pas à sa sortie en salles. Elle se poursuit à travers ses remontages successifs, preuve que le film n’a jamais cessé d’être considéré comme un objet à réparer. La Renegade Version, sortie plus tard, cherche à réordonner le récit, à réintégrer des scènes, à restaurer certaines transitions et surtout à atténuer la question de Zeist. Les références les plus problématiques à l’origine extraterrestre des Immortels sont supprimées ou modifiées, afin de rapprocher davantage le film de la mythologie du premier opus. D’autres versions, dont une édition spéciale au début des années 2000, poursuivront encore ce travail de correction, avec des ajustements de montage et des effets numériques retravaillés.

Ces remontages améliorent-ils le film ? Partiellement. Ils rendent certaines séquences plus lisibles, clarifient des enchaînements, redonnent un peu de contexte et réduisent l’impression de chaos de la version américaine. Mais ils ne peuvent pas résoudre la conception initiale. Car le problème de HIGHLANDER II ne tient pas seulement à son montage. Il tient à sa logique même. Supprimer Zeist permet d’éviter l’idée la plus rejetée par les fans, mais cela crée aussi d’autres fragilités. Certaines motivations deviennent plus floues. Certains enjeux perdent leur justification. Le film tente alors de se rapprocher du premier HIGHLANDER, tout en restant bâti sur une structure qui s’en est éloignée dès l’origine.

Une réception désastreuse

À sa sortie américaine, HIGHLANDER II connaît une réception critique très sévère. Le film déçoit les amateurs du premier opus, désoriente les nouveaux venus et devient rapidement un cas d’école de suite incompréhensible. Sur le plan commercial, ses résultats restent insuffisants au regard de son coût. En Europe, notamment en France et en Allemagne, la marque conserve toutefois une force réelle : le nom HIGHLANDER, l’association Lambert-Connery et l’aura du premier film continuent d’attirer le public.

Mais l’échec critique marque durablement la saga. HIGHLANDER II devient l’un de ces films dont la réputation précède souvent la vision. On en parle comme d’une aberration, d’un accident industriel, d’une suite qui n’aurait jamais dû exister sous cette forme. Il est régulièrement cité parmi les pires suites de films cultes. Pourtant, cette réputation négative a aussi nourri sa postérité. Le film a fini par rejoindre cette catégorie étrange des œuvres “malades” que l’on continue d’examiner parce qu’elles disent quelque chose de leur époque. HIGHLANDER II fascine précisément parce qu’il paraît improbable : une suite officielle qui transforme un mythe d’immortalité en fable écologique cyberpunk et en délire spatial.

D’ailleurs, le plus révélateur reste peut-être ce que la saga a fait après lui. HIGHLANDER II a rapidement été traité comme une anomalie. Les suites, la série télévisée et les différentes extensions de l’univers ont largement choisi de l’ignorer, de le contourner ou de s’en éloigner. La franchise a survécu, mais elle a dû se protéger de son propre deuxième épisode. Curieux destin…

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