À première vue, LE SAINT de Phillip Noyce ressemble à une tentative très années 90 de relancer une grande figure de l’espionnage populaire : Simon Templar, gentleman cambrioleur imaginé par Leslie Charteris et déjà rendu célèbre à la télévision par Roger Moore. Mais avec Val Kilmer dans le rôle principal, le projet prend une tournure plus étrange, plus baroque, presque plus ludique qu’attendu.
L’histoire suit donc Simon Templar, voleur de haut vol capable de changer d’identité comme d’autres changent de veste. Sa nouvelle mission l’entraîne sur la piste d’une formule liée à la fusion froide, convoitée par un puissant homme d’affaires russe. Sur le papier, tout semble cocher les cases du thriller international : complot politique, romance avec une scientifique incarnée par Elisabeth Shue, poursuites, gadgets, infiltration et décor post-guerre froide. Pourtant, ce qui reste aujourd’hui du film, ce n’est pas tellement son intrigue, parfois confuse, mais bien la performance de Val Kilmer.
Second plan
À cette époque, Kilmer est dans une position singulière. Il a déjà été Iceman dans TOP GUN, Jim Morrison dans THE DOORS, Doc Holliday dans TOMBSTONE, puis Batman chez Joel Schumacher. Il a le visage, la présence, le mystère et le statut d’une star hollywoodienne, mais il n’a jamais vraiment semblé à l’aise avec l’idée d’être un simple héros de franchise. LE SAINT lui offre alors un terrain de jeu idéal : un personnage qui n’existe presque qu’à travers ses masques. C’est d’ailleurs l’un des aspects les plus amusants du film. Kilmer multiplie les déguisements, les accents, les postures, les manières de parler. Il ne joue pas seulement Simon Templar, il joue Simon Templar en train de jouer d’autres personnages. Kilmer semble s’amuser à brouiller sa propre image de star, à disparaître derrière des identités parfois élégantes, parfois grotesques aussi voire volontairement excessives.

Ce film arrive surtout à un moment où Hollywood cherche de nouveaux héros capables de concurrencer James Bond, alors relancé avec succès par Pierce Brosnan deux ans plus tôt. Simon Templar version Kilmer aurait pu devenir une nouvelle franchise. Tout était pensé pour cela : un personnage connu, une star en tête d’affiche, un univers international, une romance, des déguisements, une musique très marquée par l’électronique des années 90. Pourtant, la greffe ne prendra pas vraiment. Le film fonctionne au box-office, sans pour autant imposer un nouveau cycle. LE SAINT marquera même la fin d’une époque pour Kilmer qui ne retrouvera plus réellement de rôle d’ampleur dans les années 2000, ce qu’il doit aussi à un caractère reconnu comme très difficile à gérer sur un tournage…
L’homme aux masques
Avec le recul, LE SAINT apparaît donc moins comme un grand film d’espionnage que comme une capsule très révélatrice de son époque et de son acteur. Un divertissement élégant, bancal, parfois kitsch, mais traversé par une idée séduisante : celle d’un héros qui ne cesse de changer de visage pour éviter de montrer le sien. Et dans ce rôle, Val Kilmer trouve quelque chose d’assez proche de sa propre légende hollywoodienne : un acteur magnétique, insaisissable, capable d’être star tout en donnant l’impression de vouloir constamment lui échapper.

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