Critique de LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA 2

En 2006, personne n’avait vraiment vu venir LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA. Sur le papier, le film pouvait ressembler à une comédie de studio élégante, portée par un univers glamour et un duo d’actrices efficace. Mais très vite, le long-métrage est devenu autre chose : une œuvre populaire, générationnelle, régulièrement redécouverte, citée, détournée, devenue culte grâce à sa simplicité, son rythme, son regard sur les coulisses de la mode et du journalisme, mais aussi -et surtout – grâce à un personnage resté dans les mémoires : Miranda Priestly, incarnée par une Meryl Streep savoureuse. Comme souvent, vous me direz…

Son succès tenait à un équilibre assez rare. LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA n’était pas seulement une comédie sur une jeune assistante plongée dans un milieu impitoyable. C’était aussi un film sur l’ambition, le renoncement, la fascination du pouvoir et la violence de certains univers professionnels. Miranda, elle, n’était jamais réduite à une simple patronne tyrannique. Elle était une figure de pouvoir, à la fois glaçante, brillante, injuste, fascinante. Un personnage que l’on déteste autant qu’on l’admire, et qui donnait au film une grande partie de son sel.

Une époque différente

Dès lors, fallait-il vraiment lui offrir une suite près de vingt ans plus tard ? La question se posait. Car le premier film avait trouvé sa conclusion, et son statut se suffisait presque à lui-même. Pourtant, l’idée n’était pas totalement absurde. En deux décennies, le monde de la presse, de la mode et de l’image a profondément changé. Les magazines ne règnent plus seuls sur les tendances. Les réseaux sociaux dictent désormais les conversations. Le moindre faux pas devient un scandale, le clic est devenu une boussole, et l’information continue a transformé la manière dont se fabriquent les réputations. C’est précisément sur ce terrain que LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA 2 semblait pouvoir exister.

Dans ce nouvel opus, Miranda Priestly doit composer avec un monde qui n’obéit plus tout à fait aux mêmes règles. Le prestige d’un magazine ne suffit plus à imposer une voix, les influenceurs concurrencent les journalistes, les scandales en ligne se propagent à une vitesse folle, et les rédactions semblent parfois condamnées à choisir entre exigence éditoriale et survie numérique. Autour d’elle, les anciens équilibres vacillent, tandis que les personnages tentent de trouver leur place dans un univers où l’image publique vaut parfois plus que le travail lui-même.

Et c’est là que le film démarre plutôt bien. Pendant sa première heure, LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA 2 donne le sentiment d’avoir compris l’intérêt de son retour. Il ne s’agit plus seulement de replonger dans les coulisses d’un magazine prestigieux, mais d’observer comment le journalisme se fabrique en 2026 : les scandales à la clé, le buzz négatif, les clics sur les liens, la tyrannie de l’instantané, les réputations qui se font et se défont à la vitesse d’un fil d’actualité. Dans ces moments-là, la suite trouve une vraie raison d’exister. Elle prolonge intelligemment le premier film en déplaçant son regard vers un monde plus nerveux, plus instable, plus exposé. Le problème, c’est que cette promesse finit par s’évaporer.

Un diable devenu ange ?

Passée cette première partie accrocheuse, le film perd peu à peu le fil. L’intrigue, fragile, échoue à trouver une véritable consistance et se dilue dans des états d’âme assez peu passionnants. Au lieu de creuser son sujet sur la transformation du journalisme, la brutalité des réseaux sociaux et la nouvelle économie de l’attention (des éléments formidables pour construire une comédie grinçante), LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA 2 préfère se replier sur des enjeux plus convenus, plus sentimentaux, et beaucoup moins mordants.

Pire encore, cette suite prend un virage qui fait grincer des dents : tout devient progressivement mièvre. Comme si l’aseptisation de cet univers était devenue obligatoire parce que le monde a changé. Comme si Miranda devait, elle aussi, suivre le mouvement et cesser de s’autoriser à être elle-même. La question aurait pourtant pu être pertinente : une femme comme Miranda Priestly peut-elle encore exister à l’heure des nouvelles règles morales imposées aux figures de pouvoir ? Une scène de réunion apporte d’ailleurs une réponse intéressante à cette interrogation. Le film y retrouve brièvement son tranchant, en confrontant Miranda à une époque qui ne tolère plus tout ce qu’elle incarnait autrefois. Mais cette piste ne tient pas sur la durée. À plusieurs reprises, le scénario semble aller à l’encontre du personnage même, non pas pour le complexifier, mais pour l’adoucir. Or Miranda n’a jamais été un personnage aimable. Elle était mieux que ça : elle était fascinante.

C’est là que le film se trompe. En voulant rendre ses personnages plus humains, il les rend souvent moins ludiques, moins lucides, moins intéressants. Le premier opus savait jouer sur l’ambiguïté : on pouvait être horrifié par Miranda tout en comprenant l’intelligence de son regard sur son monde. Ici, le sentimentalisme prend le dessus. Les angles s’arrondissent. Le venin disparaît. Et avec lui, une bonne partie du plaisir.

Option de facilité

À partir de là, cette suite devient poliment ennuyeuse. Les scènes se succèdent sans passion, l’ensemble paraît extrêmement long, et le troisième acte s’enlise dans un rebondissement assez risible qui finit de rendre la dernière partie franchement indigeste. On sent le film tirer sur la corde, chercher à faire revivre une alchimie passée, sans toujours comprendre ce qui faisait réellement la force du premier.

Dommage, car le casting garde le cap. Meryl Streep conserve évidemment cette autorité magnétique qui rend Miranda immédiatement captivante dès qu’elle entre dans le cadre. Certaines scènes fonctionnent très bien, notamment lorsque le film accepte de redevenir plus acide, plus observateur, plus cruel dans sa manière de montrer un milieu obsédé par son image. On aperçoit alors, par éclats, le film que cette suite aurait pu être. Mais ces éclats ne suffisent pas. LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA 2 préfère l’option de facilité en livrant une suite trop sage et plus lisse.

LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA 2 est actuellement disponible dans les salles de cinéma.

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