Critique de L’INVITATION

Quatre ans après DON’T WORRY DARLING, Olivia Wilde retrouve la réalisation avec L’INVITATION, son troisième long métrage derrière la caméra après BOOKSMART. Présenté en janvier dernier au Festival de Sundance, le film est l’adaptation américaine de SENTIMENTAL de Cesc Gay, lui-même tiré de sa pièce Els veïns de dalt. Wilde ne se contente d’ailleurs pas de réaliser puisqu’elle tient également l’un des rôles principaux aux côtés de Seth Rogen, Penélope Cruz et Edward Norton.

Divergences

Joe et Angela sont mariés depuis une vingtaine d’années, mais leur couple ne tient désormais plus qu’à un fil. Lorsque Angela invite à dîner Pína et Hawk, leurs mystérieux voisins du dessus, Joe accepte surtout dans l’espoir de pouvoir leur parler de leurs nuits particulièrement bruyantes. Sauf que leurs invités affichent une conception du couple et de la sexualité très différente de la leur. Autour d’un simple dîner, les non-dits vont alors progressivement remonter à la surface et obliger chacun à regarder son propre couple avec un peu plus de lucidité.

Inspirée notamment par le cinéma de Mike Nichols, et manifestement bien décidée à ne pas se contenter de faire du théâtre filmé, Olivia Wilde joue constamment avec sa mise en scène pour donner de l’ampleur à cette comédie grinçante consacrée au couple et à ses contradictions. QUI A PEUR DE VIRGINA WOLF ? faisait d’ailleurs partie des principales références de la cinéaste et ça se voit, tout en s’inspirant aussi de Woody Allen (on y reviendra), Éric Rohmer ou Michelangelo Antonioni. Un héritage que l’on ressent dans ce quasi huis clos où la parole est débitée à un rythme endiablé. Tour à tour enjoué, déprimant, solaire, triste ou carrément explicite (par les mots, rassurez-vous) L’INVITATION se veut surtout l’étude, par l’humour (parfois amer), d’un couple dont la séparation semble en réalité avoir commencé bien avant cette fameuse soirée.

Energie du désespoir

Joe et Angela vivent encore ensemble, mais leurs divergences, leurs frustrations et leurs désirs refoulés se sont accumulés jusqu’à devenir presque insurmontables. L’arrivée de Pína et Hawk agit alors moins comme le début de la crise que comme son révélateur. Le couple formé par Olivia Wilde et Seth Rogen entame une véritable catharsis où chaque nouvelle confession fait tomber une barrière supplémentaire. Et ce qui semblait encore pouvoir être dissimulé derrière les habitudes du quotidien finit progressivement par devenir une évidence. Wilde lorgne également du côté de Woody Allen avec ces dialogues très rythmés et cette manière d’enchaîner les répliques sans véritable temps mort. Les quatre personnages se provoquent, s’observent, se jugent et finissent forcément par se dévoiler.

Lorsque L’INVITATION se penche sur le désir, le rire laisse forcément la place à des questions beaucoup plus inconfortables. Que reste-t-il du désir après vingt ans de vie commune ? Peut-on aimer quelqu’un tout en ne le désirant plus de la même manière ? Jusqu’où faut-il accepter les besoins de l’autre sans renier les siens ? Le film ne cherche jamais véritablement à apporter une réponse universelle, préférant confronter deux couples qui semblent, au moins en apparence, avoir choisi des chemins radicalement différents. C’est précisément là que son excellent quatuor d’acteurs fait la différence. Seth Rogen trouve dans Joe un registre à la fois drôle, agressif et profondément vulnérable, tandis qu’Olivia Wilde accompagne avec beaucoup de justesse la lente implosion d’Angela. Face à eux, Penélope Cruz et Edward Norton apportent une énergie différente, faisant de leurs personnages autant des éléments perturbateurs que les miroirs des frustrations du couple qui les reçoit.

Plaisante et plutôt intelligente, cette comédie prenant parfois les allures d’une véritable séance de thérapie collective finit ainsi par abandonner une partie de sa légèreté pour laisser s’installer une certaine mélancolie. Sans révolutionner la comédie de mœurs, L’INVITATION s’impose donc tranquillement grâce à l’intelligence de son écriture. Une drôle de thérapie de couple, parfois cruelle et souvent drôle, qui rappelle qu’avant de savoir comment continuer à vivre ensemble, encore faut-il être capable de se dire ce que l’on ne veut plus.

Saluons enfin Olivia Wilde pour avoir défendu une véritable sortie en salles pour son film. La réalisatrice a expliqué avoir refusé de privilégier une offre destinée directement au streaming, estimant notamment que la comédie bénéficiait particulièrement de cette expérience collective qu’offre une salle de cinéma. Une démarche plutôt réjouissante à une époque où ce genre de production adulte, reposant essentiellement sur ses dialogues et ses acteurs, trouve de plus en plus souvent directement refuge sur les plateformes…

Note indicative :

L’INVITATION est actuellement disponible dans les salles de cinéma.

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