Critique de MICHAEL

Rares sont les œuvres qui arrivent en salles précédées d’un tel bagage émotionnel, culturel et polémique. Avec Michael, le cinéma ne se contente pas de raconter une histoire : il s’attaque à une figure devenue mythe, presque insaisissable, la plus grande star mondiale ayant existé. Réaliser une critique d’un tel long-métrage relève d’ailleurs de la gageure. Entre les admirateurs inconditionnels, les détracteurs de l’homme, ceux qui projettent leur propre lecture de son histoire ou encore ceux qui attendent du film autre chose que ce qu’il promet réellement, il devient presque impossible d’aborder l’œuvre avec un regard totalement neutre. Michael n’est pas simplement un film : c’est un terrain de perceptions, de fantasmes et aussi de fractures.

King of pop

Car oui, le film n’est pas une biographie exhaustive et ne cherche d’ailleurs jamais à l’être. Il prend des raccourcis, simplifie, réarrange, contourne. Surtout, il fait un choix clair : celui de montrer Michael Jackson sous son jour le plus lumineux. Un parti pris qui peut agacer. Non pas parce qu’il est illégitime, mais parce qu’il prive le récit d’une profondeur humaine pourtant évidente.

L’homme derrière l’icône méritait sans doute davantage de nuances. Derrière le génie adulé se dessinait une personnalité façonnée très tôt par les exigences d’une industrie dévoreuse et par le poids d’un père autoritaire. Le film esquisse cette tension sans jamais réellement l’explorer. Ici, Michael n’est qu’amour : amour des animaux, de la nature, de ses fans. Une vision presque idéalisée, qui gomme toute forme de contradiction intérieure. Et pourtant, en observant son œuvre, tout indiquait une matière dramatique bien plus riche. Dès ses débuts, Jackson apparaît comme une figure paradoxale, un enfant propulsé dans un monde d’adultes, cherchant à préserver une innocence qui lui échappe. Sa chanson Ben, écrite à l’origine pour un film d’horreur du même nom réalisé par Phil Karlson, en est un exemple frappant : une mélodie douce sur une amitié étrange, presque dérangeante, entre un garçon solitaire et un rat. Déjà, une forme de décalage. Déjà, une sensibilité tournée vers le fantastique, le conte, le trouble. Autant d’éléments que le film préfère effleurer plutôt que creuser.

Spectacle total

Mais là où Michael fait mouche, c’est dans sa dimension spectaculaire. Car Michael Jackson reste une force artistique hors norme, et le film le rappelle avec une efficacité redoutable. Jaafar Jackson impressionne par son incarnation, littéralement habité par la gestuelle et l’énergie de son oncle. Chaque mouvement, chaque regard semble prolonger l’aura du King of Pop. Mention aussi à Juliano Krue Valdi, incarnation d’un jeune Michael, qui transmet lui aussi une belle énergie dans la poignée de scènes qu’il joue.

Les séquences musicales deviennent alors le véritable cœur du film. Reconstitutions scéniques impressionnantes, performances vocales retravaillées avec précision, énergie constante : tout concourt à créer un spectacle immersif. Le rythme emporte et les morceaux s’enchaînent, tandis que le spectateur se laisse happer par cette célébration d’un génie musical. Le film raconte aussi – et surtout – une ascension. Celle d’un enfant brisé par une autorité paternelle tyrannique (incarnée avec justesse par Colman Domingo) et celle d’un artiste qui conquiert le monde par la seule force de son talent. Une trajectoire classique, presque mythologique, que le film suit avec application.

On pourra certes regretter que la construction musicale de son œuvre soit franchement survolée (alors qu’un autre film potentiellement passionnant pouvait se cacher là). Mais il faut sans doute accepter Michael pour ce qu’il est : non pas une dissection de l’homme, mais une célébration de l’icône. Imparfait, parfois frustrant, mais indéniablement efficace.

Note indicative :

MICHAEL est actuellement disponible dans les salles de cinéma

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*