Il était une fois le Bronx, quand de Niro devint réalisateur

Fasciné par l’histoire racontée par Chazz Palminteri dans son seul-en-scène A BRONX TALE, Robert De Niro pense immédiatement qu’elle pourrait devenir un film. Nous sommes au début des années 1990 et, après près de trente ans passés devant la caméra de cinéastes comme Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Sergio Leone ou Michael Cimino, l’acteur envisage sérieusement de passer pour la première fois derrière la caméra.

Palminteri au premier plan

Le récit possède une dimension profondément personnelle. Chazz Palminteri s’est inspiré de sa propre enfance dans le Bronx et d’un meurtre dont il aurait été témoin lorsqu’il avait neuf ans. Calogero est d’ailleurs son véritable prénom, tandis que Lorenzo, le père du jeune garçon dans le film, reprend le prénom et le métier de son propre père, qui était chauffeur de bus. Avant même l’arrivée de De Niro, plusieurs studios s’intéressent à la pièce. Palminteri, encore peu connu à Hollywood, reçoit des propositions qui auraient pu atteindre un million de dollars. Mais toutes supposent qu’il abandonne son scénario et laisse une vedette plus célèbre interpréter Sonny. L’acteur refuse obstinément : il ne cédera les droits qu’à la condition de conserver l’écriture du film et d’incarner lui-même le gangster.

Lorsqu’il découvre la pièce à Los Angeles, Robert De Niro se rend dans la loge de Palminteri et lui propose un accord simple : celui-ci restera Sonny et personne ne réécrira son histoire sans son consentement. En échange, De Niro réalisera le film et jouera Lorenzo, le père de Calogero. La confiance entre les deux hommes permet ainsi au projet de voir le jour.

De niro s’inspire de ses maîtres

Pour son premier long-métrage, De Niro s’appuie naturellement sur tout ce qu’il a appris auprès de ses précédents metteurs en scène, et notamment Martin Scorsese. Mais IL ÉTAIT UNE FOIS LE BRONX ne se contente pas d’imiter les grands films de gangsters auxquels son nom reste associé. Le cinéaste cherche avant tout l’authenticité, en tournant dans les rues de New York et en faisant appel à de nombreux acteurs débutants ou non professionnels. Le choix de Lillo Brancato pour interpréter Calogero adolescent participe pleinement à cette volonté. Le jeune homme, qui n’avait encore jamais joué au cinéma, est notamment remarqué pour son étonnante imitation de Robert De Niro. Kathrine Narducci, qui interprète la mère de Calogero, fait elle aussi ses débuts devant une caméra. Venue initialement accompagner son fils à une audition, elle finit par décrocher elle-même un rôle dans le film.

Cette recherche de naturel n’empêche pas De Niro de se montrer particulièrement méticuleux. Lors d’une séance de postsynchronisation, il aurait ainsi demandé à Palminteri de répéter des centaines de fois une simple réplique afin d’obtenir exactement l’intonation désirée. Une exigence héritée des plus grands cinéastes avec lesquels il a travaillé, mais aussi le signe qu’il prend très au sérieux cette première expérience de réalisateur.

Plongée dans le Bronx

L’histoire s’ouvre en 1960 dans le quartier italien du Bronx. Calogero, neuf ans, assiste au meurtre d’un homme par Sonny, le gangster le plus respecté du voisinage. Fasciné par cette figure puissante, le garçon refuse de le dénoncer à la police. Touché par sa loyauté, Sonny commence progressivement à le considérer comme son propre fils. Calogero grandit alors entre deux modèles opposés. D’un côté, Sonny lui fait découvrir le pouvoir, l’argent facile et les codes de la rue. De l’autre, Lorenzo tente de lui transmettre la valeur du travail, de l’honnêteté et de la dignité. Le véritable cœur du film se trouve dans cette lutte silencieuse entre deux pères, chacun cherchant à influencer le jeune homme à sa manière.

En choisissant le titre français IL ÉTAIT UNE FOIS LE BRONX, le distributeur établit évidemment un rapprochement avec IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE de Sergio Leone, dans lequel De Niro avait joué quelques années plus tôt. Pourtant, derrière son apparence de film de gangsters, A BRONX TALE est surtout un récit d’apprentissage. Le film aborde également les tensions raciales qui traversent le quartier à la fin des années 1960. La relation entre Calogero et Jane, une jeune fille noire, se heurte aux préjugés de leurs communautés respectives. De Niro évite cependant de réduire cette opposition à un simple affrontement entre bandes rivales : il montre comment le racisme se transmet, s’installe dans les comportements et menace de condamner les personnages à reproduire la violence de leurs aînés.

Porté par une belle énergie et une sincérité évidente, IL ÉTAIT UNE FOIS LE BRONX transforme le coup d’essai de Robert De Niro en véritable réussite. Le comédien livre une mise en scène sobre, vivante et attentive aux personnages, sans jamais chercher à écraser l’histoire sous les effets de style. Le film est d’ailleurs dédié à son père, le peintre Robert De Niro Sr., mort quelques mois avant sa sortie. Par la suite, Robert De Niro ne repassera qu’une seule fois derrière la caméra, en 2006, avec RAISONS D’ÉTAT. Sa carrière d’acteur continuera, elle, de s’enrichir de films majeurs comme BLESSURES SECRÈTES, HEAT, CASINO, SLEEPERS ou JACKIE BROWN.

Quant à Chazz Palminteri, A BRONX TALE lui ouvre véritablement les portes d’Hollywood. Il connaîtra la consécration dès l’année suivante grâce à COUPS DE FEU SUR BROADWAY de Woody Allen, qui lui vaudra une nomination à l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, avant de rejoindre en 1995 la distribution de l’inoubliable USUAL SUSPECTS.

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