Pourquoi les fins de Spielberg divisent-elles ?

Depuis la sortie de Disclosure Day, une partie des critiques et des spectateurs semble buter sur sa conclusion. Non pas seulement parce qu’elle surprend, mais parce qu’elle ramène brutalement le film vers quelque chose de très spielbergien : l’émotion, la croyance, l’espoir, la possibilité d’un dialogue encore possible entre les êtres. Après avoir ouvert son récit sur la paranoïa, le complot, l’information saturée et la peur de l’autre, Spielberg choisit de terminer sur un geste presque inverse. Il ne conclut pas par la sidération, ni par la noirceur, mais par une invitation à écouter. De là naît une drôle de question : Steven Spielberg a-t-il du mal avec les fins ?

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La formule peut sembler provocatrice, presque injuste, tant le cinéaste a offert au cinéma américain quelques-unes de ses conclusions les plus mémorables. E.T. ne serait pas le même film sans ses adieux bouleversants. Les Dents de la mer trouve dans son retour au calme une simplicité parfaite. Rencontres du troisième type assume jusqu’au bout son vertige mystique. La Liste de Schindler achève son récit dans une émotion frontale, immense, discutée parfois, mais indissociable de son projet de mémoire. Spielberg sait finir un film. La vraie question est peut-être ailleurs : pourquoi ses fins agacent-elles autant quand elles assument trop clairement ce qu’il est ?

Car Spielberg n’a pas exactement un problème avec les fins. Il a un rapport très particulier à la résolution. Là où une partie du cinéma contemporain aime laisser le spectateur dans le doute, l’inconfort ou le vide, Spielberg cherche souvent à refermer la plaie. Ses films traversent la peur, la séparation, la violence, la perte ou le chaos, mais ils reviennent presque toujours vers une forme de lien. Une famille se recompose, un enfant dit adieu, un père retrouve son fils, un homme retrouve une croyance, une communauté se regarde enfin autrement. Ce mouvement peut bouleverser. Il peut aussi donner le sentiment que le cinéaste force la main du spectateur.

Trop optimiste ?

C’est ce qui explique sans doute les réserves récurrentes autour de certaines de ses conclusions. Minority Report, après une mécanique de thriller quasiment parfaite, a souvent été critiqué pour son épilogue jugé trop apaisé. La Guerre des mondes divise encore à cause de son retour familial final, perçu par certains comme une concession sentimentale après deux heures d’effroi. A.I. Intelligence artificielle reste l’un des cas les plus passionnants : sa dernière partie, souvent accusée d’être trop longue ou trop larmoyante, est pourtant peut-être l’une des plus radicales de Spielberg, puisqu’elle pousse le désir d’amour jusqu’à une forme de conte funèbre et métaphysique.

Le malentendu vient peut-être de là. Spielberg n’est pas maladroit parce qu’il veut émouvoir. Il est parfois contesté parce qu’il ose encore croire à l’émotion comme conclusion possible. Même quand ses récits deviennent sombres, politiques ou désenchantés, il conserve cette tentation de la lumière. Chez lui, la fin n’est pas toujours une fermeture narrative. Avec Disclosure Day, cette logique semble atteindre un point de friction très contemporain. Le film parle d’un monde saturé de bruit, de mensonges, d’écrans, de discours contradictoires et de vérités impossibles à partager. Une conclusion plus cynique aurait sans doute paru plus moderne. Spielberg, lui, choisit un mot, presque un ordre moral : écouter. On peut trouver cela beau, naïf, trop simple, voire décevant. Certains diront même suranné. Mais difficile de nier que ce choix appartient profondément à son cinéma.

La question n’est donc peut-être pas de savoir si Spielberg a du mal avec les fins. Elle est de savoir si nous avons encore de la place pour des fins spielbergiennes. Des fins qui ne cherchent pas forcément à tout expliquer, ni à tout assombrir, mais à faire croire qu’une émotion commune peut encore surgir au milieu du chaos. C’est peut-être là que Disclosure Day divise autant. Sa fin n’est pas seulement jugée comme une conclusion de scénario. Elle est reçue comme un geste d’auteur. Spielberg regarde le vacarme du monde moderne et répond par une injonction presque enfantine : écouter. Pour certains, ce sera trop peu. Pour d’autres, ce sera précisément ce qui rend le film précieux.

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