Critique de LA BATAILLE DE GAULLE : J’ÉCRIS TON NOM

Après une première partie particulièrement réussie, La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer (retrouvez ma critique en cliquant ici), Antonin Baudry poursuit son immense fresque historique avec J’écris ton nom, deuxième chapitre d’un diptyque qui avait tout du pari impossible. Comment raconter De Gaulle sans tomber dans la statue figée ? Comment embrasser la Seconde Guerre mondiale, la Résistance, les combats politiques, les champs de bataille et la Libération sans transformer l’Histoire en simple résumé scolaire ? La première partie avait déjà répondu avec une ambition rare dans le cinéma français récent. La seconde vient confirmer que Baudry avait bien pensé son projet comme un seul grand mouvement.

Sur plusieurs fronts

Là où L’Âge de fer s’intéressait surtout à l’émergence d’un homme seul, obligé de batailler pour exister face à une France abattue, divisée et en partie soumise à la collaboration vichyste, J’écris ton nom élargit considérablement le champ. Le film suit désormais les combats menés sur plusieurs fronts : ceux de De Gaulle, évidemment, dans les coulisses politiques et diplomatiques, mais aussi ceux du général Leclerc sur le terrain, sans oublier la Résistance intérieure, dont le rôle devient essentiel dans cette montée vers la Libération.

Le résultat est un film encore plus rythmé que le précédent. Plus ample, plus spectaculaire, parfois même grandiose, cette deuxième partie prend toute la mesure de ce que le premier volet avait patiemment installé. Les personnages, les enjeux, les tensions politiques et militaires trouvent ici leur prolongement naturel. On comprend alors que les deux films sont indissociables. J’écris ton nom profite de toute la mise en place de L’Âge de fer, mais il ne se contente jamais d’en récolter les fruits. Il les amplifie.

Visuellement, le film impressionne. Antonin Baudry confirme une maîtrise presque totale de son dispositif, qu’il s’agisse des scènes de guerre, des moments de tension politique ou des passages plus intimes. Le cinéaste sait donner du souffle à l’Histoire, sans perdre de vue les hommes qui la traversent. Il y a dans cette deuxième partie une vraie volonté de faire du cinéma populaire au sens noble du terme : un cinéma qui raconte, qui emporte, qui donne envie de se redresser dans son fauteuil.

La grande histoire

Bien sûr, comme toujours avec les grandes fresques historiques, l’Histoire est parfois condensée. Certains événements sont accélérés, certains enjeux simplifiés, certains personnages réduits à leur fonction dramatique. Les historiens y trouveront sans doute matière à discuter, corriger ou contester. Mais cela fait aussi partie du pacte cinématographique. Un film n’est pas un manuel. Il ne remplace pas l’Histoire, il la met en récit. Et sur ce terrain, La Bataille de Gaulle – Partie 2 réussit pleinement son pari.

Ce qui frappe surtout, c’est la confirmation d’un véritable regard de cinéaste. Antonin Baudry ne semble jamais dépassé par l’ampleur de son sujet. Au contraire, il donne l’impression de contrôler chaque compartiment de son film : le rythme, les cadres, la direction d’acteurs, la montée émotionnelle, la tension dramatique, l’humour aussi (aussi risqué soit-il dans ce genre de production). Certes, il en rajoute parfois un peu côté musique. La bande originale, très présente, appuie certains moments avec une insistance qui aurait parfois gagné à plus de retenue. Mais difficile de bouder les excès d’un film aussi généreux.

D’autant que l’interprétation reste remarquable. Simon Abkarian continue d’incarner De Gaulle avec une densité impressionnante, sans jamais se contenter de l’imitation. Il ne joue pas seulement une silhouette historique, il donne chair à un homme traversé par le doute, l’orgueil, la vision et la solitude. Autour de lui, le film trouve également une belle force collective, notamment dans la manière dont il fait exister les autres figures de cette bataille : Leclerc, les résistants, les alliés, les combattants de l’ombre.

Made in France

Souvent raillé pour vouloir copier le cinéma américain dès qu’il s’aventure sur le terrain du grand spectacle, le cinéma français trouve ici une réponse éclatante. La Bataille de Gaulle n’a pas besoin d’imiter Hollywood pour exister. Le diptyque possède sa propre identité, son souffle, son rapport à l’Histoire, sa manière de faire dialoguer le récit national avec le présent. Baudry ne cherche pas seulement à reconstituer une époque. Il interroge ce que les mots honneur, courage, fidélité et fierté peuvent encore signifier aujourd’hui.

C’est peut-être pour cela que le film touche autant. Derrière la fresque historique, derrière les uniformes, les discours et les batailles, J’écris ton nom parle aussi à notre époque. Il rappelle qu’un pays se construit parfois dans les heures où tout semble perdu. Il montre que l’honneur n’est pas qu’un vieux mot poussiéreux, mais une ligne de conduite. Et quand le cinéma français hisse son Histoire à la hauteur d’une grande épopée, avec sincérité et ambition, il devient difficile de ne pas saluer le geste.

La Bataille de Gaulle – Partie 2 : J’écris ton nom est donc bien plus qu’une simple suite. C’est l’aboutissement d’un projet rare, généreux, parfois excessif, mais profondément habité. Une apothéose esthétique et scénaristique qui confirme la réussite d’un diptyque ambitieux, populaire et fier. Le genre de film qui rappelle que le cinéma français peut encore voir grand, très grand même, lorsqu’il ose regarder son Histoire en face.

Note indicative :

LA BATAILLE DE GAULLE : J’ECRIS TON NOM est actuellement disponible dans les salles de cinéma

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