Critique de TOY STORY 5

Il y a des sagas que l’on prolonge par calcul, d’autres parce qu’elles ont encore quelque chose à dire. Toy Story appartient un peu aux deux catégories. Franchise devenue monument de l’animation moderne, machine commerciale colossale et madeleine de Proust pour plusieurs générations, elle fête désormais ses 30 ans avec un cinquième opus qui avait tout du pari dangereux. Après tout, Pixar nous avait déjà offert deux épilogues : l’un bouleversant avec Toy Story 3, l’autre plus mélancolique avec Toy Story 4. À force de dire adieu, pouvait-on encore vraiment revenir ?

Stanton à la barre

La réponse tient en grande partie à la présence d’Andrew Stanton, co-réalisateur du film avec Kenna Harris, et figure historique de Pixar, déjà impliqué dans l’écriture du premier Toy Story. Ce cinquième volet sort en salles en juin 2026 et repose sur une idée simple, mais terriblement actuelle : que deviennent les jouets dans un monde où les écrans occupent de plus en plus de place dans l’enfance ? Le film met notamment en scène l’arrivée de Lilypad, une tablette qui vient bouleverser l’équilibre de Bonnie et de ses jouets. 

Dans Toy Story 5, Bonnie grandit, change, se laisse happer par les sollicitations numériques, tandis que Jessie, Buzz, Woody et les autres voient leur rôle remis en question. La menace n’est plus seulement celle d’un nouveau jouet qui prend la place des anciens, mais celle d’un monde entier où l’imaginaire semble se déplacer vers les écrans. Le concept est malin, car il permet à Pixar de parler à la fois aux enfants d’aujourd’hui et aux adultes qui ont grandi avec Andy, Woody et Buzz. C’est peut-être là que Toy Story continue de se distinguer. Depuis 1995, la saga n’a jamais seulement raconté des aventures de jouets. Elle a accompagné le passage du temps. Les enfants qui ont découvert les premiers films sont parfois devenus parents, et regardent désormais ces nouveaux épisodes avec leurs propres enfants. Plus qu’une franchise multimilliardaire, Toy Story agit comme un miroir cinématographique des préoccupations de chaque époque : la peur de l’abandon, le passage à l’âge adulte, la transmission, la nostalgie, et désormais cette enfance moderne confrontée à la technologie.

La révolution numérique

Sur ce point, Toy Story 5 trouve une vraie pertinence. Andrew Stanton ne se contente pas d’opposer les “bons” jouets aux “méchants” écrans. Le film décrit avec précision ces enfants modernes exposés à la sur-sollicitation permanente, aux notifications, aux images qui défilent, à cette société qui semble vouloir les faire grandir trop vite. Mais Stanton évite aussi le piège du discours réactionnaire. La technologie n’est pas diabolisée. Elle est interrogée, replacée à sa juste place, observée comme un outil qui peut éloigner, mais aussi rapprocher.

Le film fonctionne d’autant mieux qu’il choisit de déplacer son centre de gravité. Mettre Jessie au cœur de l’intrigue, tout en laissant Woody et Buzz davantage en retrait, pouvait sembler risqué. C’est pourtant l’une des meilleures idées du film. Non pas que ces deux icônes aient perdu leur pouvoir émotionnel, mais on a parfois le sentiment que tout a déjà été dit sur eux. Jessie, elle, apporte une énergie différente, une fragilité aussi, et permet à la saga de ne pas tourner uniquement autour de ses deux figures les plus célèbres.

Le retour de Bonnie à une place plus importante dans le récit est également une bonne chose. En la réinstallant au centre de l’histoire, le film retrouve une forme d’humanité plus directe. Les jouets n’existent jamais mieux que lorsqu’ils dialoguent avec les émotions de l’enfant auquel ils appartiennent. C’est ce lien-là que Toy Story 5 parvient à réactiver, même lorsque certaines thématiques commencent à sentir la redite, notamment celle de l’abandon des jouets, déjà largement explorée dans les opus précédents.

Vers l’infini…

Tout n’est pas parfait pour autant. Le film connaît quelques trous d’air, quelques facilités, et son rythme n’a pas toujours la puissance émotionnelle des meilleurs chapitres de la saga. Mais Toy Story 5 emporte facilement l’adhésion, notamment grâce à sa galerie de nouveaux personnages, à plusieurs séquences drôles et enlevées, et à cette capacité toujours intacte de Pixar à faire dialoguer l’intime et le spectaculaire.

Ce cinquième film aurait pu n’être qu’un retour de trop. Il devient finalement une nouvelle preuve que Toy Story sait encore évoluer avec son temps. La saga n’a peut-être plus la surprise révolutionnaire du premier film, ni le choc émotionnel absolu du troisième, mais elle conserve une qualité rare : celle de parler du monde des enfants sans jamais oublier les adultes qu’ils deviendront.

Note indicative :

TOY STORY 5 est actuellement disponible dans les salles de cinéma.

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